Épisode #412: Pour en finir avec les miracles bibliques

Jean-Michel lit un extrait du livre « Pour en finir avec le paranormal », écrit en collaboration avec Michel Leurquin.

2 réponses
  1. Ouros
    Ouros dit :

    Aïe, la maxime de Hume n’est certainement pas formalisable dans un système bayésien puisqu’elle est bateau.
    Prenons la première partie de celle-ci :
    « Aucun témoignage n’est suffisant pour établir un miracle, à moins que le témoignage soit d’un genre tel que sa fausseté serait plus miraculeuse que le fait qu’il prétend établir… »
    Un peu de symbolisation : soit M le fait qu’un miracle est arrivé, t(M) le témoignage d’un témoin qui rapporte avoir vu ce miracle, E nos preuves et d nos données de fond. Cette première moitié s’écrit donc : P(M/t(M)&E&d) > P(~M/t(M)&E&d), soit P(M/t(M)&E&d) > 0.5.
    En gros, le témoignage doit être tel que la probabilité du miracle soit plus probable que son non-existence… C’est juste une platitude : comme l’a dit le philosophe agnostique John Earman, le texte est impressionnant grâce à la rhétorique du philosophe écossais, et non pas son contenu.
    «… Et même dans ce cas, il y a une destruction réciproque des arguments, et c’est seulement l’argument supérieur qui nous donne une assurance adaptée à ce degré de force qui demeure, déduction faite de la force de l’argument inférieur. »
    Ça par contre, on peut réfléchir tant qu’on veut, mais ça ne veut juste absolument rien dire ! Il n’y aucune soustraction à faire dans la formule du dessus, toutes les données ayant été déjà prise en compte.
    Essayer de la transcrire sous une forme symbolique, et je ne pense pas qu’on puisse obtenir quoi que soit de logique.

    J’ai aussi un sérieux problème avec l’insinuation comme quoi croire à l’hypothèse traditionnel de la paternité des Evangiles impliquent d’être un fondamentaliste : en quoi ? Ce n’est pas une « position extrême », ni « clairement fausse » (= « clairement pas de première main. ») Il y a de bons arguments dans le sens de la datation et la paternité classique, tant d’un point de vue positif (l’attestation unanime des pères de l’Eglise qui vivaient séparés les uns des autres, les sous-entendus de ceux qui écrivent aux seins de texte (le plus flagrant étant chez Jean), le fait que les documents étaient chers à produire et donc avait peu de chance de perdre l’attestation de leurs auteurs, …) que négatif (l’improbabilité d’attribuer de manière arbitraire la paternité à, notamment, deux personnes qui n’ont pas connu de visu le Christ, l’autorité attribuée de fait à ces évangiles, l’absence de critique envers l’attribution en tant que tel par les chrétiens de première ou seconde génération ayant connu directement ou de deuxième main le témoignage même des apôtres, …)
    Même si cela ne s’avérait pas être la bonne explication, ça ne prouverait pas que ceux qui la soutiennent sont des fondamentalistes dogmatiques qui ne réfléchissent pas.

    Vous critiquer des incohérences qui vous semblent être insurmontables, mais vous n’en citez que deux qui n’en sont pas. La première consiste à dire que malgré le fait qu’on présente Jésus comme pacifiste, il semble inciter à la violence dans Matthieu 10. C’est de la manipulation de texte, puisque le verset dans son texte montre clairement qu’il n’est nulle question d’un Jésus violent ici, et encore moins un qui incite à une révolte contre l’Empire. On fait face ici à une simple mise en garde sur le fait que le message chrétien amènera la discorde par son contenu :
    « Ne pensez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre; je suis venu apporter, non la paix, mais le glaive. Car je suis venu séparer le fils de son père, la fille de sa mère, et la bru de sa belle-mère; et on aura pour ennemis les gens de sa propre maison. Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi n’est pas digne de moi; et celui qui aime son fils ou sa fille plus que moi n’est pas digne de moi. Celui qui ne prend pas sa croix et ne me suit pas, n’est pas digne de moi. Celui qui cherche à conserver sa vie, la perdra; et celui qui perd sa vie à cause de moi, la retrouvera. »
    La seconde incohérence viendrait du fait que les auteurs s’attardent parfois sur le fait que Jésus est un guérisseur, et parfois pas. C’est assez risible : peut-être est-ce le cas simplement parce que son activité ne se réduisait pas qu’à la guérison ? De plus, n’importe quelle autre biographie vous montrera qu’effectivement, les êtres humains ne se réduisent pas à une unique fonction.

    Avant de terminer, j’aimerais aussi ajouter qu’il y a une tendance particulière chez les sceptiques qui a tendance à me fatiguer, c’est le fait de croire qu’une incrédulité personnelle est un argument en soi : ça ne l’est pas. On ne réfute pas une hypothèse en disant que les arguments ne sont pas convaincants sans montrer pourquoi. Balayer d’un revers de la main les arguments sur l’historicité de la résurrection de William Lane Craig, ou l’harmonisation des « incohérences » du Nouveau Testament par les théologiens n’est pas une attitude sérieuse.

    Après, ne vous inquiétez, on vous aime quand même. ^_^

  2. L'équipe Scepticisme Scientifique
    L'équipe Scepticisme Scientifique dit :

    Bonjour Ouros,

    Merci pour les remarques intéressantes! C’est toujours sympa de voir ce que répondrait un apologète à mes arguments dans un débat…

    Concernant William Lane Craig, effectivement je ne contre-argumente pas ses arguments sur l’historicité de la résurrection… par manque de place! Malheureusement, chaque chapitre du livre ayant un espace limité, j’ai dû faire des choix. Si j’ai l’occasion d’écrire un autre texte de contre-apologétique, j’espère que je pourrai développer! Il est clair qu’il y a beaucoup de choses à dire. Le sujet est vaste!

    En ce qui concerne Hume, il y a eu à ma connaissance différentes tentatives pour formaliser son aphorisme sur les miracles dans le cadre du bayésianisme, articles qui ont été publiés dans des revues sérieuses de philosophie. On peut certainement débattre de la pertinence de ces diverses tentatives, mais mon impression est que tu es trop catégorique quand tu affirmes que c’est impossible à faire.

    Concernant l’harmonisation des « incohérences » du Nouveau Testament, je ne dirais pas que « ce n’est pas une attitude sérieuse ». Je peux fort bien comprendre le désir de tenter de le faire quand on est chrétien! Simplement je considère cela bancal d’un point de vue méthodologique. Maintenant, il est normal que les chrétiens et athées ne soient même pas d’accord sur certaines méthodologies utilisées par les théologiens. En tant qu’athée, je n’ai nul besoin d’harmoniser les évangiles, ni la Bible en général. Les incohérences ne sont un problème que pour les croyants, et encore ceux qui ne sont pas libéraux…

    Concernant l’hypothèse traditionnel de la paternité des Evangiles, je peux difficilement être d’accord avec toi. Selon ma lecture de la littérature sur ce sujet, il n’y a pas vraiment de bonnes raisons de défendre cette hypothèse. Ma perception est qu’il n’y a que des chrétiens déjà convaincus qui vont tordre les données historiques pour tenter de la sauver de ses réfutations apparentes.

    Encore merci pour les remarques,

    Cordialement,

    Jean-Michel

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