Episode #375: Apologie d’une zététique apolitique

Jean-Michel défend l’idée d’un scepticisme qui se place en dehors de la politique.

 

11 réponses
  1. John Smith
    John Smith dit :

    Qui veut de t’excommunier de la zététique? Comment? Et pourquoi?
    (mon google-fu n’est pas au niveau.)

    Personnellement pour moi, la zététique c’est plutôt le deuxième pilier. La cultivation d’esprit rationnel. Comment on veut la utiliser, c’est une affaire de goût.

    C’est triste (ou plutôt con), si le scepticisme francophone, que je trouve beaucoup plus acceptable que son frère anglo-saxonne, va subir un schisme pareil.

    Il faudrait brûler ma carte de zététicien. Mais pas désinscrire de ton podcast, que je écoute religieusement.

  2. Bret-Morel
    Bret-Morel dit :

    Merci bien pour ces réflexions, j’apprécie toujours autant ces podcasts engagés 🙂 et te rejoins encore sur la plupart des points .
    A propos du fait que la zététique permette à chacun de devenir un meilleur citoyen, oui, c’est pour moi un fort moteur pour mon travail.
    Toutefois, pour lever un paradoxe qui pour moi n’en est pas un, le but est de lui permettre d’exercer mieux son jugement et cela interdit de fait de le conduire vers un mouvement politique plutôt qu’un autre. Il me semble que l’autonomie de jugement et la préférence d’un mouvement politique (essentiellement de gauche) qui serait meilleur que d’autres, c’est plutôt là qu’il y a un paradoxe. A moins qu’il existe une « science » politique expérimentale au sens plein du terme qui nous permette de définir des critères nous permettant de trancher, ce qui ne me semble pas être le cas, et ne me semble pas non plus pour l’instant souhaitable.
    Si la zététique permet de mettre en avant le fait qu’il y a un mouvement politique naturel pour elle alors cela implique qu’aucun zététicien ne peut être ailleurs qu’à gauche, voire à l’extrême gauche, ce qui pour moi est l’indice, voire le symptôme, d’une dérive.
    Bien sûr, il serait malvenu de défendre l’idée qu’un mouvement politique serait naturel pour la zététique comme la science est le mouvement naturel de la zététique dans l’exploration de la réalité : la zététique vient de la science, elle est constitutivement comme cela, c’est son origine, la question politique ne peut s’aborder de la même façon.

  3. Cédric Buron
    Cédric Buron dit :

    Hello Jean-Michel,
    Cet épisode me fait penser à une remarque qu’un ami m’a fait. Il a fait une distinction qui me semble intéressante entre les zététicien et ceux qu’il a appelés les « zététistes » et qui ont pour objectif d’imposer leur vision de la zététique (et du monde). Je trouve que cette manière de penser est sectaire, et qu’elle ne correspond précisément pas à l’esprit critique. Dire qu’il *faut* penser d’une certaine manière parce que c’est là qu’est le consensus scientifique (cela me paraît dans le même esprit que ceux qui militent pour une forme exclusive de zététique) c’est finalement ne jamais se remettre en question, et c’est quelque chose qui me gêne. Après, je fais de mon mieux pour les ignorer et me concentrer sur des zets plus respectueux, qui écoutent véritablement l’autre et tentent avant tout de trouver la vérité 😉
    Si j’étais toi, je n’abandonnerais pas le nom de scepticisme scientifique, ni de zététique. Tu me parais être un fier représentant de ce courant, et sans doute l’un de ceux qui approfondissent le plus leur sujet (tu écoutes les apologètes, les ufologues etc. sans les mépriser), te donc qui s’approchent le plus du vrai.
    Voilà, bon courage pour la suite !

  4. Guillaume ARKI
    Guillaume ARKI dit :

    Bonjour Jean-Michel,
    J’ai trouvé ton questionnement pertinent, mais la conclusion est bien là selon moi : c’est en appliquant le doute, en tentant de raisonner mieux que l’on est zététique. Alors oui, il y a des zététiciens qui enseignent, tentent d’apporter la bonne parole aux croyants, mais avant toute chose c’est par l’exemple et l’application à son propre jugement de méthodologies scientifiques et préceptes du doute raisonné qu’un sceptique scientifique est. Donc ce n’est que mon avis, mais oui tu es zététique et il serait intéressant de demander son avis à Richard MONVOISIN sur cette problématique.

    Je suis sûr que si tu ne parles pas de politique dans ce podcast, tu as une distance et un regard des plus critiques devant un discours politique. Je veux dire par là, ce domaine n’échappe pas à la raison et devant un argument fallacieux, un document mensonger, tu fais la démarches d’être critique. Je suis sûr aussi que tu fais profiter ta famille et ton entourage proche de cette réflexion. Alors le fait est que tu ne l’exclues pas, juste tu n’es pas là pour convaincre mais pour présenter tes réflexions, les éléments d’érudition que tu as pu trouver et partager avec nous des sujets.

    Pour moi qui suis Français, les sujets sur les enfants surdoués de Nicolas GAUVRIT sur le ballado, ou les sujets sur la rhétorique conspirationniste, ou même le féminisme sont des sujets politiques car aux cœurs de nos préoccupations actuelles dans la politique de notre pays. Oui j’apprécie le travail de Christophe MICHEL sur Hygiène Mentale sur la méthodologie mais c’est bien sur ce podcast scepticisme scientifique que j’apprends le plus, que j’appréhende de nouveaux sujets et que tu me fais part avec les autres intervenants de sujets valant l’intérêt sceptique.

    Encore une fois merci pour votre travail,

    Sceptiquement votre

  5. Richard MONVOISIN
    Richard MONVOISIN dit :

    Salut JM, merci de cette contribution à la réflexion, même si comme tu t’en doutes je ne suis pas convaincu par ce que tu dis dans plusieurs parties. Dommage que tu « grimes » les positions artificiellement, et que tu jalonnes ton propos de quelques épouvantails (sur « sortir dans mon jardin est politique » par exemple). Ta scénarisation autour du « purisme » est totalement hors du sujet, car il n’a jamais été question de cela dans les « textes » de départ. Tu as beau y revenir immanquablement, je pense que les yeux de ton coeur ont mauvaise vue. Si tu veux le fond de ma pensée, il y a différentes possibilités de pratiquer la zététique – seulement, tous les choix ne s’équivalent pas, quelle que soit l’école morale à laquelle on adhère. En outre, l’étude du paranormal (j’en fais presque chaque semaine avec les étudiants – dernièrement un Ganzfeld, et tu le sais bien puisque je les renvois souvent vers toi pour des questions) est bien entendu un sujet digne d’intérêt. Se pose la question de quelles ressources collectives, dans quel but ? S’il n’y a pas de but de transformation sociale, alors à quoi bon publier ? Si tu publies, c’est que tu présumes que cette connaissance peut être « utile ». Donc de fait le choix des sujets sur lesquels appliquer la méthode est éminement « politique » (au sens grec). Pas besoin d’être d’extrême gauche ou anarchiste pour comprendre cela.

    je vois un paradoxe, et une issue possible.
    Le paradoxe, c’est que si tu avais réécouté les deux podcasts où tu me fais parler il y a 2 ans, chez toi, tu aurais évité certaines scories puisque je les ai balayées, dans ton propre bureau et sur ton propre podcast.
    La sortie, c’est qu’on aurait pu avoir un débat sur le sujet, rationnel, non affectivé. Bizarrement nous avons au CorteX tendu une perche pour cela, et c’est resté lettre morte. J’ai du mal à imaginer que vues les revendications de liberté sur la forme de tes propres interventions, ce soit la forme qui t’ait freiné.
    Donc je fais l’hypothèse que tu te trompes de débat. Et il m’appartient de t’en faire la démonstration, que tu réfuteras ou non. Encore dois-je être assuré que tu répondras, pas comme il y a quelques mois à notre « pacte cérébelleux ».

    Merci en tout cas d’aborder ces sujets. Puisqu’elle est demandée par qq’un dans les commentaires, voici ma position qui est assez simple :
    1) La zététique, c’est le fait de pratiquer, peu importe l’objet (donc c’est ton cas)
    2) La philo morale et politique peut dire que tel sujet est plus urgent (en fonction d’avancées fondamentales dans notre vie collective) que tel autre
    3) c’est une énigme pour moi que ce sont des acteurs de la zététique qui revendiquent leur apolitisme qui vont dans les instances politiques justement, donner le LA 432Hz à la démarche.
    4) La position d’un Nicolas Vivant par exemple (OZ, et probablement le membre de l’OZ qui a le plus produit de connaissances) est sensiblement la même que la mienne.
    Alors si d’aventure tu veux creuser la question sur des prémisses solides, je me ferai un plaisir de te répondre
    Salut à toi !

  6. L'équipe Scepticisme Scientifique
    L'équipe Scepticisme Scientifique dit :

    Salut Richard,

    « Ta scénarisation autour du « purisme » est totalement hors du sujet, car il n’a jamais été question de cela dans les « textes » de départ. »

    Tout dépend ce que l’on considère comme étant « les textes de départ »: ma réflexion dans cet épisode se base entre autres sur les débats autour de la justice sociale et la communauté sceptique aux USA, à partir de l’affaire Rebecca Watson (elevatorgate). De l’autre côté de l’océan, les tests de pureté faisaient partie intégrante des débats! Il suffit de repenser par exemple au discours de Richard Carrier concernant l’Atheism+: il se déployait selon la rhétorique classique du « si vous n’êtes pas avec nous, vous êtes contre nous ».

    A mon avis tu réagis ici en pensant que tout ce que je dis dans cet épisode porte sur le texte du Cortecs, alors que je réagis aussi à d’autres « intrusions politiques » en scepticisme. Celle du Cortecs est la plus récente, mais ce n’est pas la plus significative, loin de là… Effectivement, dans le texte du Cortecs, il n’y avait pas d’appel au test de pureté. On est bien d’accord. Mais il fleurait néanmoins bon certains débats américains qui ont précédé…

    Cordialement,

    JM

  7. Mathias
    Mathias dit :

    Réflexion très intéressante. J’avoue que j’étais un peu « sceptique » (sans mauvais jeu de mot haha) au moment d’aborder l’épisode, de par son titre, mais en même temps c’est ça qui a éveillé ma curiosité 🙂

    Au niveau de la définition de la zététique, il faudrait peut-être essayer effectivement de trouver un consensus de la part de la communauté – avec quand même de la pondération entre les avis des néophytes et de ceux qui ont beaucoup plus de « bouteille », qui ont écrit, produit du contenu, etc. Je suis assez partisan de l’idée d’une zététique qui regroupe plusieurs disciplines comme l’étude scientifique du paranormal tout comme l’enseignement de la pensée critique, du moment qu’on n’est pas exclusif comme tu le dis dans le podcast. Je pense néanmoins qu’il est essentiel de dire que l’étude scientifique du paranormal est ce qui historiquement a lancé le mouvement, et qu’il faut que ceux qui se disent zététiciens le sachent.

    Pour ma part, je soutiens l’idée que la zététique en elle-même peut effectivement être apolitique, mais que le fait de la pratiquer peut aider dans la pratique politique et le militantisme de chacun. À titre de comparaison, la science par exemple n’a pas vocation à être « pour ou contre les aliments OGM » mais d’établir des faits, qui à ce jour n’indiquent aucun danger de ceux-ci sur la santé humaine. Ce fait étant établi ainsi pour l’instant, il convient alors, si l’on veut militer contre les pratiques de Monsanto par exemple, de se demander pour quelles raisons on le fait (pour ma part ce sont des raisons d’ordre éthique, mais jamais je ne viendrai les accuser d’empoisonner les gens par le maïs BT alors que rien ne le prouve). Et je me rends compte aujourd’hui que dans beaucoup de mouvements écolo, alter-mondialistes, militants de gauche etc, on trouve beaucoup de gens qui défendent des convictions louables basées sur des arguments étayés par des faits (par exemple qu’il faut moins manger de viande car l’élevage industriel est responsable d’une partie significative des rejets de gaz à effet de serre dans l’atmosphère, et qu’en plus il est gourmand en eau et en terres cultivées seulement pour le bétail) mais aussi d’autres basés sur des idées fausses (par exemple que les aliments OGM sont nocifs pour la santé ou que les centrales nucléaires rejettent beaucoup de CO2). À mes yeux il est donc important, si on veut défendre des convictions et « changer le monde » en bien, d’avoir des méthodes d’esprit critique pour éviter de tomber dans des pièges, fake news etc.

    En conclusion, en ce qui me concerne j’ai du mal à dissocier mon activité de penseur critique de mon activité politique, mais jamais je n’imposerai ça aux autres 😉

  8. mm
    Jeremy Royaux dit :

    L’épisode date d’il y a quelques années. On a sorti pas mal d’épisodes qui parlent au moins un peu de politique.
    Pour ma part je pense que le terme politique / non politique ou apolitique ça reste un peu trop vague pour vraiment décrire ces thématiques.
    Disons qu’on peut tenter de tendre vers une « neutralité de travail », tout en ayant conscience de nos propres orientations politiques, au lieu d’être dans le déni ou l’ignorance de ces dernières. Peut être que le terme de neutralité axiologique (Weber) convient pas trop mal.
    Jérémy

  9. L'équipe Scepticisme Scientifique
    L'équipe Scepticisme Scientifique dit :

    Bonjour,

    « en ce qui me concerne j’ai du mal à dissocier mon activité de penseur critique de mon activité politique, mais jamais je n’imposerai ça aux autres »

    Je suis tout à fait d’accord avec ça, mais étant donné que des jugements de valeurs interviennent, des gens utilisant la pensée critique à des niveaux équivalents d’expertises peuvent avoir des positions politiques très diverses. C’est pour cela que la zététique devrait être, idéalement, apolitique: parce que tout le monde devrait pouvoir utiliser la pensée critique, qu’il soit de gauche, de droite, etc.

    Quant à une définition, la zététique est un mouvement, pas une discipline. Une discipline qui regrouperait d’autres disciplines n’a pas selon beaucoup d’intérêt (si ce n’est d’être transdisciplinaire), vu que les autres disciplines existent déjà. De plus je pense qu’à ce stade la zététique n’étude pratiquement pas le paranormal (aucun publication scientifique de zététiciens sur ce sujet dans des revues scientifiques à comité de lectures). Du coup quand on me dit que la zététique « étudie le paranormal », cela me fait toujours rire jaune: on ne peut pas étudier le paranormal sans faire d’études scientifiques. L’étude scientifique du paranormal ne se fait pas à coup de vidéo YouTube…

    Jean-Michel

  10. Mathias
    Mathias dit :

    Effectivement la distinction entre mouvement et discipline est importante, tu fais bien de le préciser (je suis pas toujours assez au fait des définitions et il faut encore que je progresse à ce sujet).

    Et effectivement concernant le paranormal je te rejoins absolument : la communauté sceptique (francophone en tout cas) produit très peu de contenu dans des revues à comité de lecture, sauf par exemple ta thèse et les quelques auteurs que tu cites, du coup là-dessus on n’a pas beaucoup de leçons à donner…

    Enfin, je ne connaissais pas du tout le concept de « neutralité axiologique » et maintenant que je me suis un peu renseigné dessus, j’y adhère assez.

    Merci pour vos retours 🙂

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